Virgile, Les Géorgiques, III-219
pascitur in magna Sila formosa iuuenca:
[3,220] illi alternantes multa ui proelia miscent
uulneribus crebris; lauit ater corpora sanguis,
uersaque in obnixos urgentur cornua uasto
cum gemitu; reboant siluaeque et longus Olympus.
nec mos bellantis una stabulare, sed alter
uictus abit longeque ignotis exsulat oris,
multa gemens ignominiam plagasque superbi
uictoris, tum quos amisit inultus amores,
et stabula aspectans regnis excessit auitis.
ergo omni cura uiris exercet et inter
[3,230] dura iacet pernox instrato saxa cubili
frondibus hirsutis et carice pastus acuta,
et temptat sese atque irasci in cornua discit
arboris obnixus trunco, uentosque lacessit
ictibus, et sparsa ad pugnam proludit harena.
post ubi collectum robur uiresque refectae,
signa mouet praecepsque oblitum fertur in hostem:
fluctus uti medio coepit cum albescere ponto,
longius ex altoque sinum trahit, utque uolutus
ad terras immane sonat per saxa neque ipso
[3,240] monte minor procumbit, at ima exaestuat unda
uerticibus nigramque alte subiectat harenam.
Omne adeo genus in terris hominumque ferarumque
et genus aequoreum, pecudes pictaeque uolucres,
in furias ignemque ruunt: amor omnibus idem.
tempore non alio catulorum oblita leaena
saeuior errauit campis, nec funera uulgo
tam multa informes ursi stragemque dedere
per siluas; tum saeuus aper, tum pessima tigris;
[...] quid iuuenis, magnum cui uersat in ossibus ignem
durus amor? nempe abruptis turbata procellis
[3,260] nocte natat caeca serus freta, quem super ingens
porta tonat caeli, et scopulis inlisa reclamant
aequora; nec miseri possunt reuocare parentes,
nec moritura super crudeli funere uirgo.
Une belle génisse paït dans la grande Sila; eux, engageant tour à tour le combat avec beaucoup de violence, échangent de nombreux coups; un sang noir baigne leur corps, et ils se pressent de leurs cornes tournées contre l'ennemi obstiné avec un interminable gémissement: les forêt et le lointain Olympe (1) le font retentir en écho. Ce n'est pas la coutume que les adversaires vivent dans la même étable; mais l'un, vaincu, s'éloigne et vit au loin en exil sur des bords inconnus, gémissant grandement sur son déshonneur et les coups de son superbe (2) vainqueur, puis sur les amours qu'il perdit sans vengeance: et regardant son étable voilà qu'il a quitté le royaume de ses pères. Ainsi donc, il met tous ses soins à exercer ses forces; parmi de durs rochers il repose son corps agile sur une couche sans litière, se nourissant de feuillages hirsutes et de laîches pleines d'épines; il se met à l'épreuve et apprend à porter sa colère dans ses cornes en luttant contre un tronc d'arbre; il frappe de ses coups les vents et prélude au combat en faisant voler le sable. Puis, quand sa vigueur est rassemblée et ses forces restaurées, il agite les étendards (3) et se précipite tête baissée sur son ennemi qui l'a oublié, comme la vague commence à blanchir au milieu de la haute mer et depuis la pleine mer entraine sa courbure et, comme ondulant vers la terre, retentit terriblement à travers les rochers et retombe, non moindrement sur le rivage contre lequel elle se jette et l'onde profonde soulève en bouillonnant des tourbillons et soulève en hauteur un sable noir. Tant il est vrai que c'est toute la race sur la terre et des hommes et des bêtes et la race marine, les troupeaux, les oiseaux aux mille couleurs se ruent à ces furies et à ce feu: l'amour est le même pour tous. En aucune autre saison, la lionne, oubliant ses petits, n'erra plus cruelle dans les plaines, ni les ours informes ne se livrent généralement à de tels carnages et massacres à travers les forêts; alors le sanglier est féroce, alors la tigresse plus mauvaise que jamais. Que dire du jeune homme (4) dont le dur amour agite dans les os un feu puissant? Il traverse, tardif dans la nuit aveugle (5), à la nage, les flots agités par une tempête déchaînée; au-dessus de lui tonne l'immense porte du ciel, et les ondes se brisent à grand bruit sur les écueils; mais ni ses parents malheureux ni la jeune fille qui, ensuite d'un cruel trépas, trouvera la mort ne peuvent le faire revenir.
NOTES
1. L'Olympe désigne ici la voute du ciel
2. Nous traduisons ainsi superbus, orgueilleux. Cf. Tarquin dit "le Superbe"
3. comprendre: part en guerre
4. Il s'agit de l'histoire de Léandre et Héro
5. cf. Enéide, catabase d'Enée. Ibant obscuri sola sub nocte per umbram
Notes et traduction par Caiomhe.