Les Dames Cygnes

Publié le par Caiomhe

Faune-flore-et-Animaux-31360.gif

La plus ancienne évocation des Dames Cygnes descendant de nos mémoires nous vient des filid: les druides de la vielle Irlande au temps où ils chantaient aux veillées du Château vert sous le règne des Danann. 
Le Dieu Lir avait eu de sa première épouse, Aodh, quatre beaux enfants. Une fille Fionnghuala, et trois fils ayant pour noms Aodh, Conn et Fiachna. Sa seconde épouse, Aoife, était très jalouse. Un jour les menant au lac Lock Dairbhreach, elle leur demanda de se baigner et nager dans le lac, et lorsqu'il se trouvèrent dans l'eau elle les frappa d'une baguette de magie druidique et les mis sous la forme de quatre cygnes beaux et parfaitement blancs. "Vous serz sous cette forme, dit-elle, jusqu'à l'union de la femme du Sud et de l'homme du Nord. Aucun ami, aucun pouvoir que vous avez ne seront capables de vous faire sortir de ces apparences sous lesquelles vous êtes, à moins que vous ne le cherchiez toute votre vie et que vous ne soyez trois cents ans sur le Lock Dairbhreach, trois cents ans sur le Sruth na Maoile entre l'Irlande et l'Ecosse et trois cents ans à Ionus Domnainn et sur l'île de Gluaire Breanann. Car ce seront là vos aventures désormais. Cependant votre voix vous restera. Vous chanterez la belle musique plaintive du Sid sur laquelle, en l'entandant, les hommes s'endormiront et vivront leurs songes. Aucune autre musique au monde ne lui sera égale. Vous garderez aussi votre raison et votre dignité et jamais ne serez attristés d'être ainsi des oiseaux."
Ils vécurent ainsi, hors du temps, sur le royaume des eaux terrestres. Ils éblouir des princesses, des princes, des poètes, toujours nageant sur le mirage des lacs, se dérobant à regret aux amours des mortels, bravant les dangers que dressent les hommes devant les bêtes blanches, et les flèches des chasseurs.
Au bout de neuf cents ans, quand ils rentrèrent chez leur père, ils ne trouvèrent plus que ruines. L'Irlande de saint Patrick vivant la fin des dieux, les grandes races des Danann disparaissait sous les vestiges des anciens forts pour gagner les Sid souterrains, l'éclat de leur dernière cavalcade mêlé aux mouvement des fleurs. Ils restèrent alors sous la forme de cygne et se réfugièrent dans une île auprès de saint Mochaomhog. Le moine était noble et bon de coeur et, s'il prêchait la nouvelle religion, il respectait encore les croyances d'autrefois. Ils les emmena avec lui en sa propre demeure où ils suivaient les heures et écoutaient la messe. Mochaomhog alla chercher un maître forgeron et fit faire pour eux des chaines d'argent blanc et brillant. Il mit une chaîne entre Aodh et Fionnghuala et une entre Conn et Fiachna. Aucun danger ni aucune fatigue que les oiseaux avaient endurés sous cette forme ne les atteingnaient plus maintenant.
Mais le roi Lairgnen, qui régnait sur le Connaught en ce temps là entendit parler du prodige des cygnes Fées et voulu s'en emparer malgré l'opposition de leur saint protecteur. A peine s'en était-il saisit que leurs vêtements de plumes tombèrent à leurs pieds. Les garçons devirent trois vieillards desséchés et osseux et la fille une vieille femme nue sans chair ni sang. Lairgnen sursauta et s'enfuit de l'endroit. Fionnghuala appela alors Mochaomhog: "Viens pour nous baptiser, dit-elle, car nous sommes arrivés très près de mourir. Et il est sûr qu'il n'est pas pire pour toi de te séparer de nous que pour nous de nous séparer de toi. Fais ensuite nos sépultures, mets Conn à mon côté droit, Fiachna à mon côté gauche et Aodh devant mon visage." 
Après ce chant les enfants de Lir furent baptisés, ils moururent et furent ensevelis. On éleva leur stéle au-dessus de leur tombe, on écrivit leur nom en ogam (écriture à caractère magique de l'époque gaédhilique) on fit leurs jeux funèbres; et aussitôt leur âmes gagnèrent le ciel.

Cette histoire rebondit et multiplie ses anneaux comme une pierre à ricochet sur tous les lacs du monde, des Indes en Laponie à travers le temps si le temps et clair et beau. Le ciel bleu flotte loin de la terre, et d'unpoint neigeux se détache un frémissement qui s'étire et prend forme. Des ailes nuageuses claquent, pareilles aux voiles d'un navire qu'on devine derrière la brume. Une musique de sphère à la fois mélodieuse, flutée et pourtant ample accompagne la trajectoire libiale qui s'abandonne sur l'argent des eaux. Le guetteur tapit dans son affût de joncs voit les cygnes Fées un à un se poser, épouser leur reflet en lente magnificience et abandonner chaînes d'or couronne et parures de plumes givrées d'aiguail pour se révéler dans leur beauté nacrée. L'histoire dès lors ne varie guère, l'homme se montre noble ou goujat. Suivant le cas il sera récompensé ou puni. 
Les êtres cygnes sont parfois de simples princes, de pauvrettes princesses qu'ne méchante magicienne a ainsi transformé pour une durée qui ne compte pas dans l'existence féerique. Un contre-sort viendra les en délivrer au fil d'or du temps sans âge. Le mortel ayant dérobé une vêture de fille ou de vierge fille peut la retenir à sa merci, la ramener chez lui, en faire sa belle épouse; c'est pour elle presque sans conséquence. Un jour quand un printemps de cygnes passera dans le ciel en chantant elle répondra à l'appel
, denichera la clef du réduit dissimulant son bien et d'un coup d'aile repartira chez elle. L'homme restera inconsolable jusqu'à sa mort qu'il n'aura cesse de hâter. Mais la blanche vêture dérobée est celle d'un Elfe ou Dame Cygne, le voleur risque de s'en repentir sur le champ. L'opération est fort hasardeuse car rien ne distingue une fille cygne nue d'une Fée cygne nue, est le danger est grand. Celui qui se conduit en rustre meurt en rustre. 
Mais celui qui connaît le bonheur auprès d'elles n'en trouvera pas de comparable à son retour sur terre. Un jeune homme de Galway en fit la merveilleuse mais mortelle expérience. Ebloui par leur grâce, il les suivit au-delà des mers sur une île enchantée ou chaque heure était "comme cent ans de bonheur". Il y demeura heureux sept années aux bouts desquelles il eut le désir de revoir ses parents. "Elles soupirèrent tristement à sa demande, le firent boire dans une coupe d'or et il se réveilla d'où ils étaient parti, sept ans auparavent, à peu de distance de la maison de son père.
Pendant un moment il vécu comme il vivait avant. Mais dans ses rêves il revoyait sans cesse le beau pays et la grâce des cygnes Fées. Il se mit à dépérir, à refuser toute nourriture et l'on voyait bien que sa tête était ailleurs. Il alla s'asseoir sur le bord du lac où elles lui étaitent apparues et ni rien ni personne ne put le faire changer de place... et c'est là qu'il mourut.
Publicité

Publié dans Au pays des Fairies

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article